FEFFS 2014 : A Hard Day – Journée de merde au pays du matin calme

affiche-cannes-coreen-2058

FEFFS 2014 : A Hard Day – Journée de merde au pays du matin calme

Film coréen de Seong-hun Kim.

On en parlait avec Housebound, mais il n’est pas rare de faire rimer frisson et comédie. La catégorie Crossovers n’exclut donc pas la possibilité de sélectionner une comédie un peu barrée, venant du pays du matin calme.

Les bonnes comédies reposent sur des ingrédients souvent repris, mais nécessaires à faire naître le rire. C’est dans les partis pris de mise en scène que les réalisateurs arrivent ensuite à faire la différence. Au delà des réécritures de mythes, qu’ils soient légendaires ou cinématographiques, on trouve, bien placé dans les ingrédients du succès, l’archétype de la journée de merde. C’est dans cette cours que A Hard Day joue, et avec brio.

Souvent la journée de merde se plaît à étreindre de ses joies une espèce de personnage victime, un brin perdant, un brin Pierre Richard. On s’intéresse moins souvent aux élites et aux gens de pouvoir dans cette configuration – du moins au cinéma. Mais la comédie s’est toujours différenciée de la tragédie par son intérêt pour la bassesse, qu’elle soit morale ou spirituelle. Si l’on représentait plus volontiers la noblesse dans les comédies de Molière, les personnages qui restent les plus drôles sont souvent valets, ou alors des nobles atteints d’un défaut particulier. A Hard Day revient un peu à cette tradition de la bassesse, cette bassesse qui ne passerait pas forcément par un loser intégral, mais par un gars de la victoire.

Un flic, un pourri, passe une journée compliquée le jour de l’enterrement de sa mère. Alors qu’il quitte le travail, il renverse un piéton. Il a l’excellente idée de le cacher dans son coffre plutôt que d’appeler les secours. Arrivé à un checkpoint, on lui demande de souffler dans le ballon. Manque de pot, il a bu, mais essaye de faire jouer son rang dans la police pour éviter le contrôle. On lui annonce qu’il se trompe dans son numéro de sécu, ce à quoi il s’énerve et intime l’ordre aux sous-fifres de vérifier. On ne le croit pas. Il se fait donc gazer, parce que trop nerveux. On confirme son identité dans l’intervalle. Il se vengera à coup de tartes sur ses inférieurs. Il est néanmoins dans la merde : que pourrait-il faire du corps  ? Et il lui vient l’idée géniale, mais un brin saugrenue, de l’enterrer avec sa mère, en le dissimulant dans son propre cercueil (il use de tout un stratagème, hilarant et glauque, pour faire passer le cadavre par les conduits d’aération des pompes funèbres). Les emmerdes reprendront à partir du moment où l’on enquêtera sur la disparition de cet homme, un criminel, dont on a perdu la trace, et dont un autre flic semblait être le complice. Cet autre flic sait qui a écrasé le vilain, et va essayer de faire chanter le héros pour retrouver le corps.

ahardday-1881

Le motif comique de l’arroseur arrosé, de celui qui enquête sur ses propres méfaits, est très efficace, et ce petit résumé qu’on ne pouvait s’empêcher de vous raconter, ne vous donnera qu’une mince idée de l’humour décapant du film. Jouant sur les tabous moraux, irrévérencieux dans sa peinture de la société, on peut dire que A Hard Day, symbolise autant qu’il rend incompréhensible, la difficulté qu’éprouvent parfois les occidentaux à envisager le cinéma asiatique. Il y a souvent, même dans le pire et le gore, une forte dose de second degré et d’humour noir. Ou une volonté marquée d’aller le plus loin possible dans l’épuisement d’un sujet. Et c’est dans ces extrêmes qu’il faut oser s’aventurer, c’est dans ces points de jonctions que se creuse souvent l’écueil de la maigre considération que l’on attribue parfois à ces films – paradoxalement mainstream et indés.

Une spectatrice semble d’ailleurs n’avoir pas compris ne serait-ce que de la démarche noire de l’humour tel qu’il est pratiqué dans le film. Nous la remercions pour ses très pertinentes analyses et commentaires à haute voix tels que « nan mais le mec meurt et les gens rient », « nan mais c’est pas drôle là ». Pas plus que nous nous prétendons être les portes-étendards du bon goût, nous n’imaginons jamais imposer un point de vue, ou en développer un sans l’avoir pensé un minimum. Plutôt que de pourrir une séance à tout un public (qui était globalement conquis), ou devant l’incapacité à s’ouvrir, le meilleur serait semble-t-il de se taire ou de partir. Ou, qui sait, accepter de réfléchir au delà des rassurantes foutaises habituelles de la surface. Si l’on respecte l’avis de cette spectatrice, qui n’a pas aimé le film, on ne respecte toutefois pas la manière irrespectueuse de le donner en pâture à tous. Cet irrespect rappellerait presque cette stupidité dont font souvent preuve les grands pontes qui écument les musées et toute autre forme de manifestation culturelle,  ces ignorants du sur-savoir de pacotille.

A Hard Day, pour conclure et fermer cette parenthèse, paradoxalement, apporte un vent de fraîcheur dans la misère comique ambiante, tout en gardant une facture très classique. Cette facture est épicée par la cocasserie et les excellentes idées de scénario, qui le placent à nos yeux comme la meilleure comédie de cette année.

Par Jean-Gauthier Martin

embedded by Embedded Video



Laisser un commentaire

CAPTCHA *