FEFFS 2014 : A Girl Walks Home Alone At Night – un film de vampire en langue perse

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FEFFS 2014 : A Girl Walks Home Alone At Night – un film de vampire en langue perse

Film américano iranien de Ana Lily Amirpour

 

La mode est aux films de vampires et aux films de zombies. C’est un fait, et un simple regard embrassant sur la popculture et ce qui « fait le buzz », pour poursuivre notre fil rouge d’hommage à Jean-Marc Morandini et autres Gabriel Adam, suffit à s’en rendre compte. Ces productions, à la qualité fluctuante, tendent tout de même ces dernières années à retrouver de nouvelles façon d’en aborder les codes. C’est un film de vampire à l’esthétique léchée qui a gagné l’an dernier l’octopus d’or (Kiss Of The Damned), un film d’auteur sur les zombies qui est ressorti victorieux de Gerardmer (Miss Zombie). A Girl Walks Home Alone At Night semble participer de cette tendance, foncièrement artistique, de donner une lecture très personnelle des mythes de vampires. L’originalité du film ici réside en ce qu’il s’agisse sans doute de l’un des premiers films de vampires du cinéma iranien.

Même si la réalisatrice est également américaine, le film a été tourné là bas et non sans audace. Si le soucis esthétique et poétique est une constante dans les productions iraniennes que l’on peut voir dans divers festivals de cinéma, on gagera toutefois qu’il est souvent particulier, lent, exigent. Le film qui nous rassemble tend à mélanger ces qualités esthétiques à une culture qui hante ce cinéma de genre : celle des Etats Unis d’Amérique, par son côté divertissants, et par sa bande son.

Le film est visuellement magnifique, avec une photographie et un grain d’image plus qu’élégants. Ils permettent de jeter un regard différent sur la société iranienne que l’on connaît finalement assez peu, en dehors de ce que l’on en dit, ou de ce que la télé nous en montre. Sans être dans un engagement politique absolu, Ana Lily Amirpour distille un cinéma qui ose bousculer les idées reçues. Elle dépeint un pays dont on ne connaît pas la jeunesse, qui semble ici éprise de culture américaine. On a parfois l’impression de voir Tarantino au pays des Perses.

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Elle développe, par indices, des thèmes intéressants, comme la place des femmes dans la société iranienne, aussi bien que celle des chats, et de la drogue. Les acteurs principaux sont très attachants, très beaux, le héros ayant même de faux airs de James Dean : elle expose la nudité, la vérité de ces corps, avec une certaine liberté, qui choquera sans doute les traditions. Les vampires sont d’ordinaires des belâtres se nourissant de femmes de mauvaise vie : ici le vampire est une femme, dévoreuse de mauvais hommes. Elle semble être une sorte d’ange démoniaque rédempteur, en émancipation. Le Niqab est également utilisé comme moyen de détournement, non seulement du costume traditionnel et un peu cheap – le retro est très présent dans le film, et au delà de l’ambiance vintage, un moyen de montrer que le temps semble parfois s’arrêter, se cristalliser, ou même qu’il ait pu être relatif à un pays – du vampire, mais aussi comme moyen subtile et détourné de critique.

Le film est un travail de finesse d’une remarquable facture. On aurait pu craindre peut-être un film exclusivement militant, mais il repose sur l’un des fondements de la fiction, qui est celle de dire la vérité, ou de véhiculer du sens, mieux que par la vérité elle-même (cela fait très Lettres Persanes de l’horreur). Déjà parce la vérité en tant que substance n’existe pas, et qu’elle est toujours une invention. Cette élégance est peut-être le défaut du film, qui peine à vraiment marquer d’un coup de poing franc le spectateur, par son aspect éthéré. On aurait peut-être aimé ressentir plus de malaise, en voir plus : mais le film est aussi une belle histoire d’amour. Ce qui occasionne sans doute ces légers paradoxes.

A la fois beau, drôle, et envoûtant, A Girl Walks Home Alone At Night est une belle surprise du festival. Moins dépaysant que prévu, il est sans doute bien placé pour remporter un prix cette année… peut-être même un peu trop.

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Par Jean-Gauthier Martin



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