FEFFS 2014 – 2030 : La science fiction vue par le Vietnam

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FEFFS 2014 – 2030 : La science fiction vue par le Vietnam

Film vietnamien de Nghiem-Minh Nguyen-Vo

 

Premier film de science fiction de l’histoire du cinéma vietnamien, 2030 est un autre de ces signes que le cinéma asiatique, qui s’installe de plus en plus dans nos demeures, connaît en son sein un cinéma émergent, auquel on est pas, ou peu, initiés.

C’est donc avec un certain plaisir que nous sommes allés assister à la séance, d’un film qui était alléchant sur le papier, mais qui ne remplit pas absolument toutes ses promesses. Quel que soit le positionnement que l’on adopte sur la question du réchauffement climatique, il apparaît par bon sens que détruire la planète est néfaste. Et seuls quelques texans semblent ne pas l’avoir compris encor. Nous les saluons bien bas.

Le Vietnam est un de ces pays à risque en cas de montée probable des eaux dans les décennies à venir. Une obsession qui vient sans doute du fait que le réalisateur soit un ancien scientifique, spécialiste de ces questions. Il a choisi d’explorer cette thématique par le biais d’une histoire d’amour telle qu’elle peut exister dans le dénuement. On comprend vite que la femme amoureuse est en fait une amoureuse déçue : elle souhaitait se marier avec un jeune étudiant en biologie.

Nous n’en disons pas plus à ce sujet, si jamais vous souhaitiez voir ce film particulier, assez lent, et qui détonnera peut-être avec ce que vous attendriez d’un film de genre. L’histoire commence donc au moment où le mari de Sao meure dans une ferme aquatique : elle va soupçonner les dirigeants de cette entreprise d’en être responsables. Elle va mener l’enquête en s’y faisant embaucher. C’est là qu’elle découvrira le ressort tragique du film, qui repose grandement en ce que la pauvreté est, sinon due au réchauffement climatique, à un écart maintenu sciemment par les plus puissants – ce que l’on peut penser de l’état actuel du monde.

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Nước, signifie eau en vietnamien, et il s’agit du vrai titre du film, qui lui va peut-être mieux. L’eau est en effet une véritable obsession dans la narration du film. Cette obsession se matérialise à l’image par une maîtrise de la lumière assez saissante, qui explore le milieu aquatique dans toute sa palette. On a parfois l’impression d’être, notamment aux moments de contrejours, dans des tableaux impressionnistes. C’est par cette beauté maritime que le film se développe : l’océan est magnifique, mais il est aussi déstructeur. Si on ne le voit que très peu agité, c’est parce qu’il est devenu la nouvelle norme, la nouvelle terre, que l’on cherche encore à cloisonner – chose impossible on s’en rend compte.

Mais cette beauté placide évoque en nous le sentiment de la placidité du monde qui a engendré la situation dépeinte dans le film. Elle montre également que les éléments les plus connus sont souvent les plus mystérieux : on pense à la scène du calme dans Mardi de Melville, qui trouvera son écho dans la description de la nuance de blancheur dans Moby Dick : le blanc est la véritable couleur de l’effroi, le calme, plus effrayant que la tempête, en ce qu’il constitue une sorte le langage silencieux qui l’introduit. Le bruit répond à une question, il matérialise l’implacable d’une tempête. Le silence au contraire, pose une question sans la signifier de manière intelligible.

Cette vision poétique d’un chaos qui s’explore par la routine et la placidité de l’eau est le ressort poétique du film : il en fait aussi sa faiblesse. En émane une certaine forme de longueur, qui n’est pourtant jamais dénuée de charme, notamment grâce de la beauté plastique du film que nous évoquions. On prend conscience du paradis seulement après le péché, et l’enfer qui nous est échu en partage n’est parfois pas significativement plus torturé dans son apparence que celle d’un âge d’or paradisiaque. L’eau était le paradis d’hier, elle est devenue infernale, plus étendue. Mais elle constituait déjà la majorité de la surface du globe. C’est par un ennemi connu, même si mystérieux, que la fin du monde semble arriver.

Le film se clôt sur une tentative de représentation de ce à quoi ressemblerait la vie après la mort : si nous rêvons de cieux, c’est que la terre est trop présente. Son absence replace l’Eden sur la terre perdue, lentement et consciemment. Notre aspiration aux cieux est en effet provoquée par une contemplation, une réflexion, qui commence par le bas. Comme chez un Penseur de Rodin ésotérique, cette posture vise à placer l’origine d’une pensée céleste par le bas, et nous rappelle, par un pessimisme latent et poétique que nos vies terrestres constituent les vies célestes de demain : dans l’imaginaire ou véritablement, c’est une fois que l’on perd une chose, qu’elle acquiert son statut de sacré : on croit le savoir, mais le film le rappelle, et avec finesse : on ne comprend les anticipations qu’après, quand il ne suffit plus d’en rire.

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Par Jean-Gauthier Martin



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