De la nullité considérée comme l’un des beaux arts – Chronique d’I Frankenstein

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De la nullité considérée comme l’un des beaux arts – Chronique d’I Frankenstein

 

Thomas de Quincey a écrit un essai-fiction au XIXème siècle, considérant le crime comme l’un des beaux arts. Peut-on en dire de même de la nullité au cinéma ? (Nous rapprochons ces deux notions qui nous semblent similaires, tant le nul agresse le spectateur en son sein bourré de pop-corn en bouillie et de boisson gazéifiée brunâtre aux extraits de plantes). On pourrait (presque) le croire après avoir vu I,Frankenstein, mauvais mélange de liqueurs qui offrent un cocktail désuet et raté.

C’est une mode d’époque, on nous sort des films improbables qui ressuscitent les grandes figures de notre enfance ou de l’Histoire. Si parfois l’exercice est réussi sur le plan du divertissement (Abraham Lincoln Chasseur de Vampires), il est quand même globalement, et presque fatalement un échec , comme Hansel et Gretel Chasseurs de Sorcières, dont je ne saurais m’empêcher de vous livrer sa réplique culte, prononcée au cours d’une voix off d’un Hansel graveleux et bourrin : « Quelle est la meilleure méthode pour tuer une sorcière ? C’est de lui mettre le feu au cul ! » finesse allégorique qui rappellera les enfants du monde entier à leurs bons souvenirs.

I Frankenstein raconte l’histoire de la créature dudit docteur. On le rappellera comme une anecdote de cocktail, « frankenstein », n’est pas le nom de la créature que nous appelons tous ainsi. Mais l’erreur est si répandue que je ne peux me figurer autre chose que le visage de Boris Karloff quand le mot est prononcé. Dans le film, la créature a survécu, sauvée par les émissaires de l’ordre des gargouilles : un ordre de bien mauvais encodage symbolique qui pourchasse les ennemis de Dieu. « Les gens croient que nous ne sommes que décoratifs » : certains ressemblent à des statues, d’autres non. Cette indécision relève d’un mauvais choix de symbole , notamment quand on réalise que l’humanité se serait déjà aperçue de l’existence de cet ordre qui squatte une cathédrale en plein centre-ville. Bref…

L’ordre veut enrôler Frankenstein pour combattre les démons. Il refuse. Il devient ermite. Il est pourchassé par les démons qui veulent connaître la recette de la création de zombies. Frankenstein revient pour en faire une affaire personnelle, devient ami/ennemi du clan des gargouilles. Il tombe amoureux de la scientifique qui bosse pour une méchante entreprise qui est en fait chapeautée par un démon qui entretient une réserve de morts, semblable aux champs d’humain de Matrix, avec un rayon gamma allant jusqu’en Enfer, qui est un lieu localisable. On aurait pu accepter tout ça.

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Le film aurait même pu être intéressant s’il avait été effectué avec talent. L’idée que le manuscrit de Frankenstein ait existé, et que tout le monde veuille s’en emparer (pour le cacher à l’humanité, ou l’utiliser) a quelque chose de fascinant, presque lovecraftien. Nous ne connaissons notre origine que par des fragments de textes obscurs… sur lesquels on forge des civilisations ou des sociétés secrètes. Mais le talent étant plus ou moins absent de cet ouvrage, à part dans quelques scènes de bagarre, on  a de cesse de noter la pauvreté de l’encodage symbolique dont nous parlions.

Notre résumé vous avait mis sur la piste. Mais qui, au XXIème siècle, voit encore l’Enfer comme un amas de flammes ? Qui imagine encore que le Paradis soit au ciel ? A mesure que la société progresse, les limites du mondes sont toujours poussées plus loin. L’enfer, si tant est qu’il existe, devrait être d’époque. L’Enfer de Dante n’était pas ce lieu, mais il a servi a poser des bases éternelles dans sa représentation. Cette imagerie date du Moyen-Âge. On constate qu’elle n’a quasiment pas évolué dans sa profondeur.

Le film ne tient pas compte de ce que l’Enfer est le symbole de nos peurs et de nos ténèbres. Qu’il pourrait se métamorphoser, changer de nom. L’enfer a été placé sur terre, depuis le XXème siècle notamment. Pourquoi revenir à de si vieilles conceptions ? Le bien et le mal sont des antagonismes qui forgent les fictions. Mais pourquoi le film donne-t-il toujours l’impression d’avoir pris toute forme de donnée biblique ou théologique comme une source, une base tangible et factuelle ?

C’est dans la réflexion que l’on se sublime. Cette forme de bigoterie épate autant qu’elle vous plonge dans un maelström de nullité, qui pourrait faire dire à ceux qui croient que les mythologies sont toujours les mêmes qu’ils ont tord. Le fond est souvent similaire, mais les formes doivent changer. Il serait temps que la chose soit comprise, devant ce spectacle assez ridicule qui allie le fumet savoureux de la naphtaline à la chaleur du bénitier.

Par Jean-Gauthier Martin



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