Classe Internationale

La dernière fois que j’attendais un film français avec autant d’impatience ce devait être Mesrine – L’instinct de mort. Et il y avait de quoi ! Depuis lors, peu de montées d’adrénaline ou d’insomnies en raison d’une frénétique attente. Mais lorsqu’Eric Rochant réunit Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth ça change la donne !

Eric Rochant…Voilà un cinéaste français pas comme les autres. Il a tourné des projets différents un peu à l’écart des modes. Et il est l’auteur de deux films que j’apprécie particulièrement, à savoir « Total Western » (2000), objet totalement unique dans le paysage français, avec un humour typé banlieue, des éclairs de violence tout droit sortis de chez Tarantino et une certaine vision de la réinsertion pour les jeunes délinquants. Mais aussi et surtout l’énorme « Les Patriotes » (1994). A ma connaissance, Rochant est le seul à avoir réussi un film d’espionnage français. « Les Patriotes » restent aujourd’hui pour moi la référence. Et puisque j’ai déjà parlé de série TV dans cet article, je signale également que Rochant a fait un excellent boulot à la réalisation de « Mafiosa » S2 et S3.

Quel impatience de me retrouver face à « Möbius » donc ! Je n’ai même pas lu le synopsis. J’y vais à la confiance.

Je vous passe la vision du film, vous n’avez qu’à aller le voir ! En revanche, je veux bien vous dire ce qu’il en reste quelques heures après sa vision.

Ambitieux, Prenant, Tortueux (un peu), Classe (beaucoup), Inabouti, Alerte et Ludique. Remis dans l’ordre, ça peut donner CAPITAL. Tiens c’est pas mal. Je ne l’ai pas fait exprès mais ce doit être ce qu’on appelle le talent, chers lecteurs.

C comme Classe : la majeure partie du film se déroule à Monaco et le générique donne immédiatement le ton. Ça ne suffit pas ? OK. Tout est classe dans le film. Mise en scène, costumes, comédiens (Dujardin et Cécile de France en tête), décors, ambiance…Du très bon boulot.

A comme Alerte : Malgré une absence quasi-totale d’action, le film se suit sans aucun temps-morts. La faute à des dialogues bien écrits, un jeu d’acteur à la hauteur et à une mise en scène qui est tout sauf statique.

P comme Prenant : J’ai immédiatement été happé par l’histoire. Une sorte de qui roule pour qui, qui manipule qui ? Quand c’est bien foutu, normalement, ça intrigue…

I comme Inabouti : Au milieu de ce concert de louanges, il fallait bien pousser une note discordante. Je n’ai pas pu me décoller le sentiment que Rochant n’a pas su ou pu choisir entre les deux piliers de son film. La passion de deux êtres qui ne peuvent espérer un quelconque avenir et la lutte d’influence entre deux blocs au travers de leurs espions respectifs. Faut-il pour autant condamner le film ? Bien sûr que non ! Vous lisez ce que j’écris ou vous faites semblant ?

T comme Tortueux : Autant le dire tout de suite, pour les réfractaires à la production d’un minimum d’efforts devant un écran ça risque de poser problème. Personnellement, je trouve justement que Rochant n’a pas essayé de nous enfumer avec un scénario inutilement alambiqué. Souvent, c’est d’ailleurs un artifice pour masquer certaines faiblesses… Comme on n’a pas tout compris, on préfère se dire « Putain, c’était puissant comme film ! » plutôt que « Quel enfoiré ce réal, il n’a pas été foutu d’être compréhensible, il s’est noyé et nous avec… ».

A comme Ambitieux : A mes yeux la principale qualité du film. Casting international, tourné en plusieurs langues avec des acteurs français qui n’ont pas l’air ridicule lorsqu’ils parlent anglais ou russe, action qui se déroule à Moncao, Langley (siège de la CIA),  Moscou, Londres, Bruxelles…Bref, c’est déjà une gageure. Mais au-delà de ces aspects, la véritable ambition d’Eric Rochant réside dans sa volonté de faire un film « à l’ancienne ». Pas une arme, pas un coup de feu, pas de gadgets et d’ordinateurs qui bippent et clignotent dans tous les sens lorsqu’on fait une recherche, pas de GPS ultra-sophistiqué… On a juste des hommes et des femmes, des micros et des radios, des voitures et les ordres qu’on leur donne. Et pour ma part, c’est cela qui emporte l’adhésion. Ça change des ratages récents comme « Secret Défense » ou « Espion(s) ».

L comme Ludique : j’ai pris un certain plaisir à suivre cette histoire. Il y a suffisamment de mystère et de chausse-trappe pour rendre le film ludique. Toutefois, je peux comprendre que cela en rebute certains.

Que vient alors faire le vénérable mathématicien August Ferdinand Möbius dans cette histoire ? Rien, ou presque. Disons que son fameux anneau de Möbius sert d’illustration au fait que certaines situations ont l’air claires comme de l’eau de roche alors que tout est sens dessus-dessous…Comprenne qui pourra !

Jérémy (Cinemaniaq)



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