FEFFS 2015 : The corpse of Anna Fritz – Nécrophilie et instinct de survie

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FEFFS 2015 : The corpse of Anna Fritz – Nécrophilie et instinct de survie

Film espagnol de Hector Hernandes Vicens. En compétition.

 

Qui a déjà lu « La sirène baiseuse de Venice, Californie » de Bukowski sait que la nécrophilie peut être amusante… (raclement de gorge convaincu mais peu courageux). En fait, ce genre d’histoires un peu barrées reviennent aux bases des fondements même du fantastique, littéraire du moins. Si la France post-Lumières en a marre des démonstrations et des thèses, il va très vite s’y déployer, notamment avec le Romantisme, une manière de juguler cette austérité, et de proposer de vraies histoires au public.

Le fantastique n’a jamais été monolithique, et on pourrait sommairement le résumer ainsi : une première partie du XIXème, sous l’égide de Nodier et Théophile Gautier, à essayer de chercher dans la vision du rêveur une nouvelle philosophie. Dans la deuxième moitié, une sorte de louvoiement entre romantisme et naturalisme, qui interroge surtout un au-delà du visionnaire. Dans un mystère que l’on cherche à quantifier mais pas à sonder, pour conférer un attrait fictionnel aux histoires. Si la science tue le mystère, interrogeons nous sur ce que la science ne comprend pas.

Et parallèlement à cette édification, nait le pain béni de tout homme contemporain : le fait divers, véritable vivier à histoires fantastiques. Avec une passion certaine pour les limites de la mort : par la métempsychose, la catalepsie, la nécrophilie (très palpable chez Maupassant dans sa « Chevelure »). Cette présentation a pour but de faire sentir aux spectateurs de cinéma de genre, l’aspect vaste du fantastique en général. On entend souvent dire « c’était pas un film fantastique » après les projections. Une diversité à saisir pour comprendre que le genre va au-delà des attentes. Fin de la parenthèse. Revenons à nos moutons nécrophiles : Ce topos du genre (la nécrophilie) est assez peu souvent exploité dans le fantastique cinématographique, sans doute pour éviter la case du Z. The Corpse of Anna Fritz, prend le parti de s’y frotter.

Le cadavre d'ANNA FRITZ 72 dpi-2341

Une vedette espagnole meurt… quelle serait votre première idée ? Pleurer ? Non. Remater l’intégrale de ses films ? Non. Imaginer une session plumard façon amour d’été ? Ah oui oui oui oui oui (Julien Lepers). Du moins, ce cheminement de pensées semble logique pour une bande de jeunes tocards en manque de repères. Tout va prendre bien sûr des proportions inattendues. Qui a déjà essayé de ranimer un cadavre n’a pas pensé aux bonnes méthodes. Le sexe est plus fort que l’électricité ou les formules. Les alchimistes ont oublié d’être malsains pour briser leur tabou ultime.

Bien sûr, il faut un élément antagoniste dans cette « pastorale nécrophile », pour concevoir toute la chute de l’histoire. Un gars qui ne se range pas à la normalité de coucher avec un cadavre. Qui deviendra vite un ennemi. Une fois réveillée, la morte pourrait parler. Une trop bonne conscience aussi. Inutile de vous faire un dessin : une sympathique petite bande du genre ne finit pas autour d’une bergamote et d’un backgammon. Tout va partir en vrille, et jouer la carte de la frontière ténue entre impossible résurrection (dans un sens de vrai retour au monde, quitter la morgue) et confrontation des instincts de survie (qui ne sont pas dirigés dans la même direction).

Dans ce spectre se déploie un pan original du film qui, s’il gâche un peu ses cartouches à aller trop directement d’une situation à l’autre, sans creuser l’aspect corrosif de son sujet, n’a pas oublié d’être haletant et complètement légitime dans la sélection. Sans être un chef-d’oeuvre, c’est un bon petit film noir tragi comique comme on aime, qui se regarde et se vit comme vraie expérience divertissante.

Par Jean-Gauthier Martin

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