FEFFS 2015 : Uncle John – Mon charpentier est un assassin

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Uncle John – Mon charpentier est un assassin

Film américain de Steven Piet, catégorie CROSSOVERS

Uncle John est un film dont les festivaliers ont pu entendre parler à deux reprises : à la cérémonie d’ouverture, et dans la petite présentation qui précédait la projection. A juste titre : il est passé plutôt inaperçu. C’est pourtant, et on le sent, l’un des coups de cœur des organisateurs. A tord ou à raison ?

Les premières remarques glanées à droite à gauche font plutôt pencher la balance du côté du non. Il est (apparemment), un peu passé pour ennuyeux, convenu… Si une de vos connaissances vous le déconseille, nous vous recommandons chaudement de ne pas l’écouter.

La thématique du remord criminel est un topos finalement plus littéraire que cinématographique : on a souvent des portraits d’assassins comme antagonistes, comme psychopathes ou superstars, mais plus rarement éclairé sous le jour de la normalité potentielle, et du poids des remords.

Le film est assez virtuose sur la réalisation : on assiste à deux histoires mises en parallèle : l’une romantique et urbaine, l’autre criminelle et campagnarde. Tout le propos du film est de tendre à les réunir, non seulement sur le plan narratif, mais surtout sur le plan esthétique. Le film explore la dualité en tant qu’élément dramatique pur, autant qu’en une architecture cinématographique. Nous y reviendrons. Si nous restons un peu évasifs sur l’histoire, que l’on vous invite à découvrir cette semaine, nous ne manquerons pas d’en souligner les grandes réussites.

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Le casting est exemplaire, surtout pour un film fait quasiment sans budget. On est assez surpris par la qualité du jeu des acteurs et de l’ensemble de ce qui est donné à voir. L’histoire est en effet calme, et assez elliptique sur ce qui fait le fond de ce genre de films. On aurait pu s’attendre à une apparence de roman noir, explorant les abysses de la conscience humaine, notamment quand le début du film se fait sur des lectures bibliques, sur les flammes de l’Enfer. (Flammes qui d’ailleurs prennent plusieurs sens dans le film). Au lieu de cela, on a droit à une exploration en finesse d’une situation triviale et sanglante, perdue dans la banalité de la vie.

L’être et le paraître ne sont pas questionnés avec lourdeur. On ne cherche pas à accabler le meurtrier. Mais à montrer que le monde a des envers. Et que d’une racine dans la même terre, on peut ne pas suivre un schéma déterminé (mais que la vue d’ensemble de ce schéma peut paraître vertigineuse, et plus profonde qu’on ne le croit). Le jeu sur les faux semblants est en cela vecteur de forte tension, et d’instants d’acting très théâtraux et réussis. Notamment dans l’exploitation des champs-contre champs, qui donnent au spectateur la chance de comprendre tout le poids du crime et le dépit que John essaye de cacher sur son visage : un premier meurtre difficile à interpréter, un deuxième plus compréhensible… l’inverse de Crime et Châtiment. Une dualité qui se retrouve à l’image, dans des parallélismes de gestuelle et de plans, qui tend à créer des boucles au cœur du film, à la manière de cercles infernaux.

Tout en étant assez haletant, le film se refuse d’aller dans trop de tire-larmes et de jugement à deux balles que l’on entend sur tout et souvent. Il se permet même le luxe, assez inattendu d’ailleurs, de finir sur une note d’humour grinçant, comme pour rappeler au spectateur non seulement qu’il regarde un film (qu’il a le droit de se marrer sur le sujet), mais également que les flammes de l’enfer et la justice sont celles que l’on se crée, faute de savoir ce qui nous attend après. Méfiez vous par contre un peu de tonton Joseph, quand vous dînerez avec lui ce Dimanche. Et allez voir le film Mercredi 23 Septembre à 22h au Vox, ou Dimanche 27 à 17h45, en sa compagnie.

Par Jean-Gauthier Martin



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