FEFFS 2014. These Final Hours : commencer par la fin

These Final Hours

FEFFS 2014. These Final Hours : commencer par la fin

Film australien de Zak Hilditch

 

Les films sur la fin du monde sont devenus monnaie courante depuis les thèses folles d’hurluberlus en toge, façon l’Etoile Mystérieuse, qui se sont décidés à trouver refuge sous la montagne mystique de Bugarach. Cette forme particulière d’angoisse est compréhensible, et pourrait bien entendu constituer l’enfant maudit de la crise économique.

Parousies, fin du monde, angoisses sombres en tout genre sont en effet plus propices à l’approche d’un millénaire, ou sous l’influence d’une période sombre. Sans généraliser une analyse qui demanderait une véritable recherche, cet engouement apparaît comme compréhensible, même après que 2012 soit passé sans encombres. On pourra pourtant déplorer que ce genre de films ressasse des poncifs parfois pénibles, dont These Final Hours ne semble pas être parvenu à se détacher complètement.

Mais plutôt que de s’attarder sur ce fait, qui est de l’ordre du détail, nous souhaiterions plutôt nous pencher sur la facture générale du film. L’histoire est simple : l’apocalypse approche. On ne sait pas très bien de quoi il s’agit, mais on le sait. Le film cherche à dévoiler l’humanité dans ses derniers instants, et en donner un ultime portrait avant qu’elle ne soit plus. Un homme un peu sur le retour, James, quitte sa copine pour aller rejoindre l’officielle dans une fête avant la fin du monde. Il tombera en chemin sur de doux dingues un peu dénudés, un peu mystiques, un peu armés de machettes et construisant des murailles de fortune à base de caddies. Il sauvera une gamine des mains de pédophiles, et décidera, par instinct paternel avorté sans doute, de la ramener chez son père plutôt que d’assister à la fête finale (véritable orgie qui aura osé montrer à l’écran un enfant sous MDMA).

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Le film est réussi dans son usage des graffitis comme dernière trace, sublime et absurde, d’une humanité qui était peut-être déjà malade avant le déluge. Les prétextes tombés, il ne reste plus que des fragments, qui montrent comment les objets et l’humanité, au sens matériel et civilisationnel du terme, sont vidés de leur sens une fois qu’il n’est plus possible de les contempler, de les penser). On se demande donc, à quoi bon tenir une ultime place d’homme de bonne figure dans une humanité vouée à sa perte ? L’enfer semble moins situé par après qu’au moment du vivant. Tous pénitents, il faut suivre une route tracée. Celle de Dieu, imparfaite (du point de vue humain), cruelle, ne serait-elle pas apparue au protagoniste qui pourtant la critiquait ? Hypothèse que l’on peut soutenir, et mettre en relation avec l’importance des lignes dans l’esthétique du film (celle des routes, trame reptilienne de nos vies mortes, ou dans un plan en parallélisme saisissant dans un couloir de verdure, calme, éternellement, pendant que la fille affolée cherche ses parents)

Une belle vision de l’absurde de la fin du monde, qui aurait peut-être mérité un peu plus de mordant et de poignant dans sa structure. Le film n’innove pas vraiment, malgré sa posture pré apocalyptique, mais il a le mérite de se dévoiler dans une belle photographie, et dans des partis pris de mise en scène coup de poings, super efficaces. Avec en filigrane le questionnement lancinant – par le prisme d’un parole dernière de l’humanité par la radio, dans laquelle une voix inconnue s’exprime, faisant le décompte, heure par heure, du temps qui reste : quel pourrait-être le dernier poème de l’humanité ? On croit que la perte guide la poésie : mais les chants du cygne poétiques sont souvent des constructions métaphoriques, qui ne s’impriment pas sur la vie courante. Les derniers poèmes de poètes sont rarement les meilleurs. Ce désespoir, palpable dans le film, est sans doute le plus poignant et le mieux mis en scène : même face à un temps achevé, l’homme croit pouvoir se projeter, rêver, fantasmer. James fantasme un retour héroïque chez lui, qui ne prendra pas exactement la forme fantasmée.

These Final Hours est au final un bon film apocalyptique, assez drôle et effrayant pour tenir en haleine. Le film est souvent fort et juste : plutôt que de se perdre en discours trop complexes, sa simplicité apparente va en fait aux racines des problématiques esthétiques de l’eschatologie : tout se finit par le silence et l’horreur. Mais l’horreur, fragmentée, dévoile des interstices de beauté insoupçonnée, dans les instants les plus effroyables.

Par Jean-Gauthier Martin



One Comment

  1. admin wrote:

    « Mais l’horreur, fragmentée, dévoile des interstices de beauté insoupçonnée, dans les instants les plus effroyables. »

    Jean-Gauthier Martin pour http://touch-arts.com/cinema 🙂

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